Portrait du mois : Catherine et Murielle du Gouffre de la Fage

Publié le 25 septembre 2026 par Lisa-Marie

Elles sont deux. Deux femmes à la direction du Gouffre de la Fage. Situé sur la commune de Noailles, le Gouffre est la seule cavité aménagée en Limousin. C’est aussi un magnifique repaire pour de nombreuses espèces de chauve-souris.
Rencontre avec Catherine Rouveron et Murielle Corbier, à l’ombre des chênes. 

Pouvez-vous nous présenter rapidement le gouffre ?
Murielle : Le Gouffre appartient à 2 propriétaires. Initialement, le propriétaire historique était forestier. Il avait acheté la forêt pour faire du bois de chauffage. Le gouffre était au milieu. Il y descendait en corde, avec les copains, c’était bien plus physique qu’aujourd’hui. Beaucoup lui ont fait remarquer que c’était rudement joli et lui ont demandé pourquoi il n’ouvrait pas au public. Financièrement, il n’avait pas les moyens de faire cela tout seul donc il s’est associé à un maçon et le Gouffre est devenu une co-propriété. Les premiers aménagements, qui n'étaient pas aussi conséquents qu'aujourd'hui, remontent à la fin des années 50. La première ouverture au public a été réalisée en 1958.

Qu’est-ce que l’on visitait au début ?
Murielle : Les visiteurs ne pouvaient aller que jusqu’à un endroit que l’on appelle les orgues. C’était un escalier en bois donc il ne fallait surtout pas qu’il pleuve, c’était un peu plus l’aventure. Des travaux ont été réalisés avec le temps pour permettre de sécuriser l’accès. À l'époque, bien avant que l’on parle d’écologie et de développement durable, ils ont eu l'intelligence de ne pas aménager toute la cavité afin de protéger les chauve-souris qui habitaient dans le gouffre. Ils leur ont donc laissé un espace entièrement à elles. Puis le bouche-à-oreille a fonctionné pour faire découvrir le site. À l’origine, il y avait même un restaurant sur la partie haute où ils faisaient des bals. En 1999, Catherine a repris la gestion du Gouffre avec le 2e propriétaire et puis quand il a arrêté, j'ai rejoint l'aventure avec elle.

Aujourd’hui quelle est la fréquentation du gouffre ? 
Murielle : Nous sommes aux alentours de 20 000 entrées à l’année. Les premières années, nous étions à 16 000. Nous recevons essentiellement des familles. Au début, nous recevions les groupes de retraités, ça n'existe plus trop aujourd'hui. Donc nous avons travailler auprès des écoles notamment par la réalisation d’ateliers : l’atelier du petit archéologue par exemple. Mais cette année cela a été compliqué car toutes les sorties du mois de juin ont été annulées à cause de la canicule. 
On a un peu d’étrangers aussi : des australiens, des américains, des canadiens… On fait le tour de la planète, c'est sympa !
Catherine : Bizarrement, c’est quand il pleut qu’on fait le plus d’entrées, pas forcément quand il fait très chaud, sauf cette année. Étonnamment, le COVID nous a fait émergé. Les gens s’intéressent davantage à ce qu’il y autour de chez eux. On voit venir des locaux qui découvrent ou redécouvrent le Gouffre. 

Vous organisez aussi des visites thématiques ?
Murielle : Oui, nous organisons des visites Jules Verne, limitées à 20 personnes, c’est-à-dire que l’on descend dans le Gouffre à la lampe torche. Et on a eu fait des visites sensorielles, des visites contées pour les petits… On a essayé plein de choses, ça nous fait toujours plaisir de tester. 
Catherine : On fait des courses d’orientation aussi adaptées à différents âges : les 5-7 ans, les 8-10 ans et une un peu plus familiale. 

Quel est votre parcours ?
Murielle : Nous étions animatrices en village de vacances.
Catherine : je suis devenue ensuite responsable animations et adjointe de direction. Mais finalement ce travail ne me plaisait pas. L’un des propriétaires du Gouffre a eu des soucis de santé, on se connaissait bien puisque tous les groupes que nous recevions, nous les emmenions ici donc cela a été une évidence. 

Le parc est grand ?
Catherine : Il y a 8 hectares de forêt au total mais nous n'utilisons qu'un petit bout. 
Murielle : On essaie de ne pas perdre les gens (rires). Mais nous avons de la chance d’avoir ce grand espace quand les gens arrivent il y a toujours cet effet Wow, ils trouvent que c’est beau, c’est ombragé. 
Catherine : ça incite les gens à rester notamment quand il fait chaud. 

C’est le palais des chauve-souris ici, vous pouvez nous en dire plus ?
Murielle : C’est un site qui est exceptionnel. C’est l'une des plus grandes réserves de chauve-souris d’Europe. L’hiver, on peut avoir jusqu’à 14 espèces présentes au Gouffre. Il y a 34 espèces en France et plus d’un millier dans le monde et on continue encore d'en découvrir. Mais les chauve-souris souffrent de leur vieille image, des vieilles légendes. On a quand même des gens qui viennent exprès pour les voir et qui peuvent être très déçus s'ils n’en voient pas.
Pour être presque sûr de les voir, il faut venir le soir, à la tombée de la nuit quand elles sortent pour aller chasser ou à l’ouverture du Gouffre aux vacances de Pâques puisqu’elles dorment dans la partie que l’on visite. En juin elles mettent bas donc on les voit très rarement et elles s’isolent dans la partie qui n’est pas ouverte au public. Tant que les bébés ne savent pas voler, on ne les voit pas. Après, ce sont des animaux, il y a des jours où ça vole beaucoup, des jours où ça ne vole pas du tout, c’est la beauté de la nature sauvage, on ne peut pas les contrôler, elles ne sont pas derrière des grilles ou des vitres. Cette année, au printemps, c’était exceptionnel ! Nous avons été obligées de retarder de quelques jours l’ouverture parce qu’il y avait une grappe d’environ 120 rhinolophes sur le parcours, à portée de main. Elles n’ont pas bougées donc je devais passer l’après-midi en bas à surveiller que les gens ne les touchent pas.

Je crois que vous avez un classement Natura 2 000 ?
Catherine : Le site est classé depuis 2001. C’est une association qui gère cela sous l’égide de l’État. Ils comptent les espèces une fois par mois, ils font des captures, certaines espèces sont pucées. C’est le Groupe Mammalogique et Herpétologique du Limousin (GMHL) qui assure le suivi. 

Est-ce que c’est une espèce sédentaire ?
Murielle : Il y a des espèces qui restent au gouffre, des espèces qui viennent simplement passer l’hiver et des espèces qui changent d’endroit toutes les semaines. Les chauve-souris se nourrissent à 20 km autour du gouffre. Les forêts sont extrêmement importantes pour qu’elles puissent se déplacer. 

Est-ce que la canicule a eu des impacts sur les chauve-souris ?
Murielle : On ne le sait pas encore, c’est le GMHL qui pourra nous le dire. On verra s’il y a eu plus de mortalité, moins de bébés… Est-ce qu’il y a eu suffisamment à manger ? Il y a une espèce méditerranéenne qui maintenant est remontée donc on voit bien que la chaleur a tout de même un impact sur les espèces. 

Est-ce que les visiteurs repartent avec une meilleure image des chauve-souris ?
Murielle : Pour beaucoup oui ! Après il y en a qui ont peur, on a environ 1 famille sur 10 qui veulent avoir la certitude que les chauve-souris ne vont pas voler au-dessus d’eux. On essaie d’expliquer, de rassurer les gens mais on ne peut pas les maîtriser. 
Catherine : les jeunes ont plus conscience de l’intérêt des chauve-souris je trouve. Les guides essaient d’ajuster leur visite aux visiteurs. 

Vous me disiez qu’avec Natura 2000 vous êtes restreintes sur certains points ? 
Murielle :
Sur les périodes d’ouverture. Avant on était ouverts quasiment tout le temps mais pour le bien-être des chauve-souris, nous avons été contraintes de restreindre les ouvertures. Dès qu’il n’y a plus d’insectes à manger, elles passent en hibernation, en gros de décembre à mars. À Toussaint, on a seulement 2 ouvertures par semaine. Donc nous serons ouvertes les mardis et les jeudis après-midi de 14h à 16h.

Pour finir, nous faisons toujours un petit portrait chinois, alors si vous étiez un animal ? 
Catherine : un chat parce que c’est élégant, c’est doux, c’est fidèle, c’est indépendant. 
Murielle : une chauve-souris, elles sont douces, elles sont rigolotes, elles sont discrètes, elles sont sans défense et à côté de ça ça a des prouesses en vol et entre elles…. Il y a encore plein d’énigmes autour de cet animal. 

Si vous étiez une couleur : 
Catherine : le vert parce que c’est lumineux, c’est la nature. 
Murielle : le jaune d’or, pour la couleur du soleil. 

Si vous étiez une musique : 
Catherine : un air d’opéra. Madame Butterfly de Puccini, la force de la voix est impressionnante, la musique qui accompagne est fantastique, ça me bouleverse à chaque fois. 
Murielle : moi j’suis plutôt pop-rock mais c’est tellement difficile de choisir une seule chanson, j’en suis incapable. Cela dépend de l’humeur, ça peut être Supertramp, Sting, les Bee-Gees… 

Si vous étiez un plaisir coupable :
Catherine : coupable ? Les plaisirs c’est jamais coupable ! (rires) Prendre le temps, ralentir… on est toujours trop actives, dès que je ralentis je me sens coupable. 
Murielle : Est-ce qu’on est coupable parce que l’on veut se faire plaisir ? J’aimerais faire plein de balades ou de randos pendant que les autres travaillent. Pouvoir profiter sans contraintes liées au travail, aux conditions de travail… Mais quand on travaille dans le tourisme, ce n'est jamais évident !

Partager cet article

Ou partagez le lien

Vous aimerez aussi...